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Sophie Weber
Transports Weber
Itinéraire d’une dirigeante pas comme les autres !

On ne nait pas entrepreneur, on le devient. Aujourd’hui, c’est elle-même que Sophie Weber livre à travers une interview dense et profonde. Trouver sa place est parfois un parcours du combattant, Sophie l’a trouvé à Cernay. Elle n’a pas son permis poids lourd et pourtant elle conduit une flotte de routiers aguerris, à travers les tempêtes, tout en maintenant le cap d’une entreprise à l’identité familiale forte. Femme de valeur, mère et dirigeante d’une entreprise de plus de 50 personnes, rien ne semble trop lourd pour ses épaules… de routière !

Bonjour Sophie, pouvez-vous me raconter votre histoire ainsi que celle des transports Weber ?

Alors je commence par l’histoire des transports Weber, car elle est plus longue. L’entreprise a 50 ans cette année, elle a été créée par mon père : Gérard Weber en 1973, qui a très vite été rejoint par ma maman dont on ne parle pas souvent mais qui lui a été indispensable et qui l’est également pour moi aujourd’hui. Il était d’abord dessinateur industriel, mais il s’ennuyait et avait envie de voir du pays. Il a donc pris la route. Très rapidement, il a ressenti le besoin de gérer son entreprise et a épousé la carrière de patron. Nous sommes alors en 1973, en plein choc pétrolier, ce qui n’aidait pas les choses. L’entreprise a grandi, traversant parfois certains caps difficiles, notamment la crise du textile qui nous a affectés puisqu’à cette époque, nous étions très dépendants de cette industrie, étant situés dans la vallée de Saint-Amarin. L’effondrement a été brutal, nous avons subi quelques impayés qui ont laissé des traces importantes dans notre histoire et forcément des problèmes de trésorerie. L’entreprise s’est alors réorientée vers l’industrie automobile. Cela nous amène à un deuxième choc, celui de 2008 et de la crise économique mondiale. L’automobile a été un des secteurs les plus touchés et nous avons connu de grandes difficultés. Nous avons même cru disparaître, mais nous nous sommes retroussé les manches, et sans avoir recours à une procédure collective. Cet évènement a rebattu les cartes et a modifié la stratégie commerciale de l’entreprise, nous amenant à nous désengager de l’industrie automobile pour ne plus être tributaires d’un seul secteur. À cette époque, il représentait 80% de notre chiffre d’affaires, dont 70% répartis sur 2 clients. Il était vital de varier notre portefeuille. Cette stratégie a été payante et nous a permis de développer des niches spécifiques, telles que le transport de matières ou de déchets dangereux. Cela nous a permis de développer de nouvelles compétences et nous confère aujourd’hui une meilleure valeur ajoutée.

Mon père est décédé en 2016. C’est à cette période que je me suis fait une grosse frayeur. Je suis passé à côté d’une affaire en raison de notre positionnement géographique (Vallée de Saint-Amarin). C’était la première fois que cet aspect était décisif dans le choix d’un client, et ce fut la petite goutte d’eau qui fit déborder le vase. Il devenait impératif de gagner en visibilité et de s’implanter sur un secteur plus stratégique. J’ai donc décidé de lancer l’étude du projet de sortie de la Vallée et ça s’est fait en 2020. Nous sommes arrivés à Cernay et l’entreprise a connu un nouvel essor. Je savais que ce serait un tournant, mais je n’imaginais pas une telle ascension, tant sur le plan du recrutement que sur le plan commercial. Nous avons gagné en visibilité et en rayonnement. Certains clients nous ont découverts alors que nous n’étions qu’à quelques kilomètres. Pourtant, notre prestation logistique reste la même.

Tout allait pour le mieux lorsque la Covid est arrivée. Je l’ai vécu comme un moment de solitude intense comme j’en ai rarement connu. Je venais d’investir énormément d’argent et de contracter d’énormes crédits et soudain, le monde s’arrêtait. On ne savait pas si on allait pouvoir travailler ou non. J’étais seule dans mon nouveau bureau tout neuf, avec ma superbe moquette et j’ai senti la peur monter. J’avais le sentiment d’avoir tué la société avec un seul choix. Heureusement, nous avons reçu un véritable soutien de l’État. Les dispositifs qui ont été mis en place nous ont aidé, plus le fait que notre secteur a été privilégié, car prioritaire, et malgré 4 à 6 semaines difficiles. Les gens se sont aussi rendu compte à ce moment-là que nous étions indispensables dans le système. On a tendance à vite l’oublier. Nous avons donc tenu bon et nous voici aujourd’hui sur pieds, toujours présents et prêts à relever de nouveaux défis. Malgré les tempêtes, je suis heureuse de la direction que prend cette entreprise. Elle a pour moi une immense valeur. Je parle là bien d’une valeur immatérielle. Ce sont les gens qui font l’entreprise avant tout. Ces hommes et ces femmes qui fonctionnent ensemble de manière extraordinaire. C’est avec eux qu’on a traversé tous ces obstacles. Voilà l’histoire des transports Weber !

Sinon, en ce qui me concerne, je m’appelle Sophie, j’ai 44 ans et je vis seule avec mes 2 enfants : Samuel qui a bientôt 15 ans et Camille qui a bientôt 11 ans. J’ai également une sœur de 42 ans qui s’appelle Marie-Line. Elle n’a jamais été intéressée par le transport malgré les appels du pied de notre père. Elle a choisi le monde de la restauration.

Lorsqu’on parle des Transports Weber,  il y a l’aura de votre père. Quelle était votre relation avec lui ?

Mon père aurait aimé, je pense, avoir des garçons. Il a eu deux filles. Nous n’avons jamais manqué d’amour, mais je pense que j’ai un peu joué ce rôle de garçon. Je suis parti faire mes études dans l’idée de reprendre un jour la société, mais je crois que c’est sur le tard qu’il a pris conscience de mon objectif. J’ai fait quelques tours en camion avec lui, mais il ne m’a jamais vraiment emmené avec lui dans son quotidien de transporteur. Je pense que si j’avais été un garçon, il m’aurait probablement emmené de manière plus naturelle en déplacements ou à l’atelier. Après, à 14 ou 15 ans, j’avais aussi d’autres choses en tête. Au lycée, j’avais pris l’option gestion et nous avions eu un cas d’étude sur Bourges à Montreuil. Qui dit Montreuil dit transport et logistique. Mon père était interrogatif, je l’avais rarement vu témoigner autant d’intérêt pour ce que je faisais. Ça a confirmé ma volonté de faire quelque chose dans le transport, parce que j’ai eu droit à plus d’intérêt de mon père. C’est comme ça que tout a commencé. À la fin de mes études dans le transport, je ne suis pas allée directement travailler avec lui, je suis d’abord parti dans le transport maritime et aérien. C’est un domaine qu’il connaissait peu et qui l’intriguait beaucoup. Là encore, j’ai ressenti un grand intérêt de sa part. Je travaillais sur des imports d’Asie, du Vietnam ou encore de Hong Kong. Pour lui, c’était quelque chose de passionnant. Pour moi, c’était toujours un peu plus de reconnaissance. Je garde une certaine frustration du manque de souvenirs et d’expériences partagées. En 2002, il m’a appelé et m’a demandé de le rejoindre. J’ai donc quitté mon travail de l’époque à l’aéroport de Bâle-Mulhouse. Ce qui a été un peu maladroit, c’était d’entrer directement dans le bureau du patron. Il aurait dû me faire rentrer progressivement. Mon manque d’expérience à ce moment-là a joué en défaveur et ma crédibilité en a un peu souffert. Je n’avais pas mon permis poids lourds non plus. Je me demandais s’il fallait que je le passe. Mon père m’a dit : « Crois-tu que le patron de Rhônepoulenc sait faire fonctionner ses machines ? ». Il est tout de même resté encore un moment jusqu’à ce que je reprenne la direction en 2014. Mais ces 14 ans à ses côtés ont été merveilleuses, j’apprenais tellement ! C’était un homme aux multiples visages qui m’a permis de grandir et de m’accomplir. Il était autant capable d’aller changer une boîte de vitesse sur un tracteur que d’aller voir les banquiers en costard cravate. Il a également eu la sagesse de me laisser faire de mauvais choix et il ne me l’a jamais reproché. Les échecs font partie du parcours d’apprentissage. Pourtant, plus tard, lorsque j’étais plus aguerrie, il me disait de temps en temps qu’il aurait fait certaines choses différemment.

Quelles valeurs vous a-t-il transmises ?

Mon père respectait les gens, quelle que soit leur appartenance sociale. C’était quelqu’un qui aidait beaucoup. Si quelqu’un était en panne au bord de la route, il s’arrêtait. Le routier quoi ! Il m’a également transmis le droit à l’erreur, à ne pas être parfait. C’était quelqu’un qui ne faisait pas aux autres ce qu’il ne voulait pas qu’on lui fasse. Enfin, il était généreux.

Il m’a aussi donné le goût de la formation, d’apprendre et de toujours se remettre en question. Il m’a aussi beaucoup encouragée à m’entourer, à ne jamais rester isolée. C’est alors que j’ai découvert le CJD. Ça a été une école pour moi. J’y ai investi du temps, car j’y ai été très impliquée, mais j’ai tellement appris que je pense avoir enfilé mes chaussures de dirigeante grâce au CJD. Je suis également membre du Conseil d’Administration de la FNTR Alsace, ainsi que membre de l’APM (Association pour le Progrès du Management) et élue au Comité de Direction du Groupement Evolutrans.

Comment fait-on quand on est une femme dans l’univers du transport ?

Alors, elle le vit plus difficilement qu’un homme, c’est une évidence. Que ce soit sur des aspects techniques ou lorsqu’il s’agit de l’expérience de la route, il faut un peu de temps pour se faire respecter. Maintenant, nous les femmes, nous avons cette fameuse main de fer dans un gant de velours, et ce n’est pas complètement dénué de sens. C’est-à-dire que nous imposons une forme de respect naturel. Cela limite les familiarités qu’ont les hommes entre eux. Puis, il y a la faculté féminine à savoir écouter, à faire preuve d’empathie. Il n’y a pas de recette miracle, mais il suffit parfois de savoir appréhender les choses différemment, avec un peu plus de finesse. Donc, ces aspects qu’on peut considérer comme un frein sont en fait un bel atout. Malgré tout, je ressens parfois un certain complexe par rapport à des hommes de mon âge qui gèrent des entreprises de transport et qui vont plus loin, plus vite que moi. Du moins, c’est l’impression que cela me donne, comme s’ils avaient une liberté d’entreprendre plus grande que la mienne, de fait de ma situation de mère célibataire. Gérer une entreprise et une vie de mère demande certains sacrifices des deux côtés. Cela dit, je ne regrette aucunement mes choix de vie.

Pensez-vous qu’une femme doit renoncer à une part de sa féminité pour se faire une place dans un univers masculin ?

Pas en ce qui me concerne, je n’ai jamais trahi ma féminité. Cela dit, mon humour a dû s’adapter à un niveau de blagues souvent graveleuse, mais ça m’amuse beaucoup et je ne me sens pas moins féminine. Je suis une femme avec un côté routier, mais qui sait mettre des limites où il faut. Je pense même que beaucoup d’hommes dans l’entreprise sont plutôt satisfaits de travailler pour une femme. Il y a quand même de plus en plus de femmes chefs dans des sociétés qui se portent à merveille. Au final, le vrai challenge, c’est de savoir s’entourer correctement de gens qui nous correspondent.

Comment se portent les Transports Weber aujourd’hui ?

Plutôt bien, nous venons de clôturer un joli bilan au 30 juin. Bien sûr, l’économie est un peu en peine en ce moment, mais c’est général, c’est contextuel. Nous avons toutes les ressources pour appréhender cette période. L’enjeu pour les entreprises comme la nôtre ne sera pas seulement de bien vendre, mais également de bien acheter. Nous sommes dans une année de transition sur ce point et nous allons être beaucoup plus pointus sur ces aspects. Les économistes annoncent l’année 2024 comme compliquée, nous avons l’impact du carburant qui est répercuté à nos clients de très près. Ces derniers sont compréhensifs et nous faisons notre maximum pour être au prix le plus juste. Nos clients sont des partenaires et nous avons l’habitude de travailler dans cette considération. Les salaires des conducteurs vont encore augmenter de 5%, ce qui représente un total de 17%  en deux ans et demi. Ce n’est pas anodin du tout. La valeur d’un camion a également pris 30%. Il faut donc suivre les choses de près et éliminer le superflu. Ce qui est primordial pour nous, c’est de conserver notre qualité de services et notre plaisir à travailler ensemble.

Merci Sophie, pour cet échange et bonne route à vous et toute votre équipe !

Sophie Weber
Transports Weber
4C rue de l’Industrie
68700 Cernay
weber@weber-trs.com
03 89 38 51 51
weber-trs.com

3 réponses

  1. C’est un réel plaisir de lire votre article ! Sophie Weber, quelle femme épatante et inspirante ! Je reconnais sa voix et ses intonations en lisant et je peux dire que ces belles valeurs, elle les emporte partout où elle va.
    Je suis honorée de te connaître Sophie. Tu crées un impact positif et bienveillant autour de toi et ce n’est pas donné à tout le monde. Toi tu l’as cette envie de faire vivre des beaux projets et d’honorer les personnes qui font un bout de chemin avec toi, et je veux te dire que, c’est très apprécié !
    Merci et félicitations.

  2. 👍👍👍👍
    Bravo Sophie

    Un très beau résumé de la vie des entreprises familiales avec l’ensemble des aléas qu’elles doivent surmontées, aussi bien privés que professionnels

  3. Bonjour Sophie Weber
    J’ai lu ce reportage de A à Z, tellement enrichissant ! Je voulais vous féliciter pour votre professionnalisme et votre humanité.
    J’ai une réelle admiration pour ce que vous faites et pour ce que vous êtes.
    On ne se connaît pas mais les transports Weber, c’est quelque chose ! De là où il est, votre papa doit être fière de sa fille !
    Je vous souhaite une bonne continuation dans votre entreprise et vous souhaite également de joyeuses fêtes de Noël et de fin d’année.
    Amicalement

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